Gaza : chronique d’un drame humanitaire et politique

Publié le par Kader

« La sécurité d’un peuple ne peut être construite sur l’humiliation d’un autre. » Kader Tahri, Regards Libres

Depuis plusieurs mois, Gaza est le théâtre d’un conflit d’une rare intensité, ravivant les blessures anciennes du Proche-Orient et posant une nouvelle fois la question fondamentale : jusqu’à quand un peuple pourra-t-il être privé de ses droits sans réaction internationale à la hauteur de l’enjeu ?

Cette situation dramatique impose une réflexion lucide et critique, à distance des récits simplificateurs. À cet égard, il est utile de se rappeler les mises en garde de Yeshayahu Leibowitz, philosophe et scientifique israélien, qui affirmait que le plus grand danger pour les Juifs ne venait pas de l’extérieur, mais d’un État d’Israël prêt à instrumentaliser le souvenir de la Shoah à des fins politiques, en dévoyant ses fondements éthiques.

Une population sous siège

Depuis plus de 17 ans, Gaza est soumise à un blocus sévère. Cette bande de terre surpeuplée — qualifiée par certains observateurs de « prison à ciel ouvert » — subit des coupures régulières d’eau, d’électricité, des restrictions massives sur l’aide humanitaire, et des campagnes militaires d’une violence extrême. La situation actuelle, déclenchée après les attaques du 7 octobre, a plongé la population gazaouie dans un chaos indescriptible : milliers de morts, infrastructures détruites, famine, exode forcé.

On ne peut que s’alarmer de la spirale de déshumanisation à l’œuvre. Les civils — enfants, femmes, personnes âgées — sont les premières victimes. Il est urgent de rappeler que le droit international humanitaire interdit toute punition collective et protège la population civile, y compris dans un contexte de lutte contre le terrorisme.

Une impasse politique et morale

Le gouvernement israélien actuel, marqué par une radicalisation croissante de ses membres les plus influents, mène une politique qui, selon plusieurs ONG israéliennes et internationales (B’Tselem, Human Rights Watch, Amnesty International), relève d’un régime d’apartheid et de colonisation systémique des territoires palestiniens.

Le refus obstiné de reconnaître le droit du peuple palestinien à l’autodétermination — un droit inscrit dans les résolutions de l’ONU — alimente l’instabilité de toute la région. En niant l’existence d’une nation palestinienne viable, on alimente une haine réciproque, un cycle sans fin de représailles, et une génération entière privée d’avenir.

Résistance et droit international

La question de la résistance palestinienne doit être abordée avec rigueur. Le droit international, notamment la résolution 33/24 de l’Assemblée générale des Nations Unies (1978), reconnaît le droit des peuples à lutter contre l’occupation coloniale. Ce droit ne justifie pas les attaques indiscriminées contre des civils, mais il confirme la légitimité d’un combat pour la liberté dans le cadre du respect des lois de la guerre.

Le défi pour les nouvelles générations palestiniennes est immense : il s’agit de repenser la lutte pour les droits nationaux en tenant compte des échecs du passé, tout en évitant les dérives tragiques qui discréditent leur cause. Une résistance civile, politique, internationale — appuyée par la diaspora, les mouvements de solidarité, et les institutions du droit — pourrait constituer une voie alternative et durable.

Une responsabilité collective

Il est essentiel de dénoncer l’hypocrisie de certains régimes arabes qui, tout en normalisant leurs relations avec Israël, restent silencieux face aux souffrances de Gaza. Il faut aussi interroger les politiques occidentales, souvent promptes à condamner certaines violences mais réticentes à exercer des pressions sérieuses sur Israël pour qu’il respecte le droit international.

La souffrance du peuple palestinien ne doit pas être instrumentalisée, mais elle ne peut plus être ignorée. Les appels à la paix resteront vains tant qu’ils ne s’accompagnent pas d’une reconnaissance pleine et entière des droits fondamentaux du peuple palestinien, au même titre que ceux de tout autre peuple.

Une justice pour tous les peuples

Le respect du passé — y compris la mémoire de la Shoah, tragédie unique dans l’histoire humaine — ne peut justifier ni l’oubli, ni l’effacement des souffrances actuelles d’un autre peuple. La mémoire ne peut être sélective. La sécurité d’un peuple ne peut être bâtie sur l’humiliation d’un autre. C’est dans la reconnaissance réciproque, la justice et la vérité qu’un avenir commun pourra se construire.

Gaza n’est pas un champ de bataille abstrait. C’est un lieu habité, vivant, meurtri, mais digne. Son peuple mérite autre chose que l’indifférence ou le silence. Il mérite une paix juste, durable, et le respect de son droit fondamental : exister librement sur sa terre.

Par Kader Tahri – Regards Libres

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